Parker Selfridge

Parker Selfridge

Administrateur de Hell's Gate et représentant de la RDA sur Pandora. Le visage corporate de la conquête. Interprété par Giovanni Ribisi.

Parker Selfridge n’était pas un monstre. C’est précisément ce qui rendait sa position inconfortable à observer. Un monstre, on peut l’identifier, le nommer, le rejeter comme exception pathologique au fonctionnement normal des institutions. Selfridge n’était pas une exception — il était le fonctionnement normal. Un administrateur capable, efficace dans la gestion d’une opération industrielle complexe à quatre années-lumière de Terre, animé par des objectifs de rendement qui avaient été fixés bien avant son arrivée sur Pandora et qui ne lui avaient jamais semblé exiger une réflexion morale particulière.

Il avait normalisé l’extraction. Ce n’est pas une accusation — c’est une description.

L’administrateur du bout du monde

Parker Selfridge dirigeait Hellsgate — la base humaine sur Pandora — avec l’efficacité d’un gestionnaire de site qui a appris à ne pas laisser les conditions locales interférer avec les objectifs corporatifs. Les conditions locales en question comprenaient une atmosphère irrespirable, une faune hostile, des autochtones qui refusaient de coopérer, et un géologue mort de temps en temps dans des circonstances que les rapports classaient sous « incidents opérationnels ».

Ce qui le distinguait de Quaritch n’était pas la violence — il n’était pas violent lui-même — mais l’indirection. Quaritch voulait résoudre les problèmes par l’action directe : les Na’vi résistent, on les déplace de force. Selfridge voulait une solution propre, documentable, qui laisserait le moins possible de traces dans les rapports qu’il enverrait aux actionnaires de la RDA sur Terre. Le programme Avatar était, pour lui, exactement cela : une façon de négocier plutôt que de tirer, de convaincre les Omatikaya de partir volontairement, de transformer un problème de relations publiques interplanétaires en succès diplomatique.

Quand ce programme échoua — quand Jake devint Omatikaya plutôt qu’informateur — Selfridge ne se réjouit pas de passer à la force. La séquence où il autorise l’assaut sur l’Hometree montre quelqu’un qui a compris qu’il n’a plus d’autre option dans le cadre qui lui a été assigné, pas quelqu’un qui voulait en arriver là. Il regarde les feeds de caméras montrant les Na’vi courir hors de l’arbre en flammes et dit quelque chose à l’effet que ce n’était pas ce qu’il voulait. Ce n’est pas de la culpabilité — c’est de l’inconfort opérationnel.

Le MBA qui a normalisé l’apocalypse

Ce que la figure de Selfridge met en scène, c’est la banalité de la violence institutionnelle — l’idée qu’il n’est pas nécessaire d’être malveillant pour participer à un système malveillant. Il suffisait d’être compétent dans sa partie, de ne pas poser de questions sur les parties adjacentes, et d’accepter les métriques de succès telles qu’elles avaient été définies par des gens qui n’avaient jamais vu Pandora et n’en avaient pas besoin.

L’unobtanium — le minerai extraordinairement précieux que la RDA extrayait sous l’Hometree — valait, dans le film, vingt millions de dollars la kilo sur Terre. Selfridge le savait. Il savait ce que ça valait, il savait ce que son opération coûtait, et il savait calculer la marge. Ce qui entrait difficilement dans ses feuilles de calcul, c’est ce que les Omatikaya perdaient — non pas par manque d’humanité, mais par manque d’une case préexistante dans sa comptabilité pour comptabiliser la destruction d’un réseau neuro-biologique millénaire.

Le renvoi sur Terre

À la fin d’Avatar 1, Selfridge fut escorté jusqu’au vaisseau de transport par les Na’vi vainqueurs, renvoyé sur Terre avec le reste des humains expulsés de Pandora. Pas jugé, pas incarcéré — renvoyé. C’était la bonne punition pour quelqu’un de sa nature : non pas la prison mais la marginalisation, la fin de la mission, le retour vers une Terre qui l’attendait avec ses rapports à rédiger sur l’échec de l’opération.

Ce qu’il fit de ce retour, la trilogie ne le dit pas encore. Mais la question est là, suspendue : est-ce que quelqu’un rentre chez lui après avoir ordonné la destruction d’un peuple et se demande où ça a commencé à mal tourner ? Ou est-ce que les cases du tableur restent vides, et le problème reste un problème d’optimisation non résolu ?

Source : Pandorapedia + Avatar Wiki Fandom